Isman* avait un campement nickel. Très organisé, il nous attendait chaque soir avec une caisse, plus pratique pour remonter les allées pentues des coteaux. Il avait demandé une bâche pour se cacher du chemin. Il avait envie et besoin de sortir de sa tente, sans avoir directement les regards des promeneurs sur lui. Il avait un récupérateur d'eau de pluie avec un robinet qui lui permettait de gérer un minimum d'hygiène. Il faisait le ramadan, alors on lui apportait des dattes et des plats à se réchauffer une fois la nuit tombée. Ses mercis étaient parmi les plus profonds. Et pourtant, parfois c'était dur pour lui. On n'avait jamais peur de monter déposer des vivres sur la table à côté de sa tente et à côté de son stock de bois, mis au sec sous une bâche. Un campement parfait. Si on avait réussi à rire ensemble, on lui aurait proposé de donner des cours à ses voisins. 

Aujourd'hui, il ne vit plus dans les coteaux. On le voit encore, mais on ne sait pas où il dort. On ne lui demande pas. C'est sa vie. Il a besoin de la garder pour lui. 

*Les prénoms sont modifiés.