La première fois qu'on a rencontré François*, les distributions avaient lieu depuis plusieurs mois, tout le monde avait ses petites habitudes. Il est arrivé un soir, avec d'autres, ayant eu vent que dans les coteaux, on donnait à manger et à boire mais aussi des tentes et tout ce qui pouvait être utile pour vivre. Ce soir-là, c'était des sandwichs au pain de viande. C'est vrai, ça semble bête un sandwich, mais ils étaient, des dires de tous, délicieux, avec faits des produits frais et servis avec une bière spéciale. On venait de recevoir la fin stock d'une association culturelle qui sentait bien qu'elle n'allait pas réouvrir son bar tout de suite. Dès le début, on ne les a pas pris pour des cons. On le sait, la consommation d'alcool a augmenté chez tout le monde pendant le confinement. Alors, pour les hommes et les femmes vivant dans les bois, une bière ou un verre de vin, ça faisait du bien aussi. François, il s'est énervé sur ce sandwich. Il avait faim. Plus faim que ça. Il était arrivé tard, il n'en restait plus pour lui en donner deux. On avait bien quelques boîtes de sardines avec nous. Il n'en a pas voulu non plus. La bière, il la voulait bien. Tout en mangeant son unique sandwich, il remontait vers manifestement sa nouvelle tente. Il nous criait tout ce dont il avait besoin. On lui répondait que s'il se calmait et s'il revenait demain, on lui amènerait. En 24h, on allait bien trouver ce qui lui fallait. Mais il continuait à gueuler. Il a toujours gueulé François. Il s'en foutait, il allait avoir ses papiers. Il a gueulé pendant des mois. Et puis un jour, il est arrivé tout sourire avec sa carte d'identité. Il avait ses papiers. Il allait prendre un appartement. Aujourd'hui, il en est à son troisième appartement. Ses relations avec les propriétaires ne sont pas simples. Manifestement il gueule toujours autant. Il voudrait bien savoir pourquoi lui-même.

*Les prénoms sont modifiés.

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